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Tariffocalypse Now

Contrairement à Godot qui n’est jamais arrivé, Liberation Day a donc été fixé au 2 avril 2025. Il est vrai que si Donald Trump avait choisi April Fools Day, beaucoup n’auraient pas pris au sérieux cette décision, si lourde de conséquences pour le monde entier. Dans une mise en scène particulièrement choisie dans le Rose Garden de la Maison-Blanche, il a attendu la fermeture des marchés pour annoncer la bonne nouvelle au monde. On a vu le résultat le lendemain. On y reviendra un peu plus loin.

Le 2 avril 2025 restera donc comme le jour de l’entrée en guerre commerciale par les États-Unis d’Amérique. Quasiment tous les pays du monde sont concernés par ces nouveaux droits de douane, sauf la Russie. Allez comprendre.

C’est la même rengaine que répète Donald Trump, le monde en veut aux États-Unis et l’a escroqué et carotter pendant des années et des années. Bizarre, car on avait plutôt compris que l’impérialisme américain avait pillé des régions entières du monde.

« We support Donald Trump tariffs policy 100 % » affirme Brian, un ouvrier de l’automobile appelé sur le podium. Petite question en passant : Est-ce que soutenir à 100 % des tariffs de 20% c’est plus que soutenir à 20 % des tariffs de 100 %.

Chercher une logique ou rationaliser cette initiative de Donald Trump est peut-être aussi périlleux que de demander à un singe d’écrire l’Eneïde. L’objectif de cette initiative est relativement simple, de collecter d’un côté un montant estimé à 500 milliards de dollars, selon Stephen Miran. Montant calculé sur le coin d’un PostIt sans doute. Les États-Unis importent pour 3 000 milliards de dollars. Des droits de 20 % en moyenne sur l’ensemble des marchandises importées aux États-Unis représentent 600 milliards qui vont aller dans les caisses de l’État. Ce qui va permettre dans un deuxième temps de prolonger la baisse d’impôt (plutôt pour les plus riches) qui avait été voté en 2017 et qui arrive à échéance et peut-être même de l’accentuer. Et pourquoi pas, dans un troisième temps, se supprimer l’impôt sur le revenu mis en place en 1913 et qui à partir de FDR jusqu’à Reagan était très progressif. Depuis, les républicains ont toujours vu d’un mauvais cet impôt.

Autre idée relativement simple que manie Donald Trump, Il défend les Américains contre tous les méchants pays du monde et en ciblant, il montre ainsi combien il est puissant. Et il devient ainsi plus connu dans le monde que Jésus ou les Beatles.  

Il faut d’abord préciser qu’en situation normale, le président n’a aucun pouvoir pour établir, c’est le Congrès est à la manœuvre. Sauf, en cas de situation exceptionnelle. Eh bien, il suffit de déclarer la situation exceptionnelle. C’est ce que fait Donald Trump en invoquant “the International Emergency Economic Powers Act (50 U.S.C. 1701 et seq.)(IEEPA), the National Emergencies Act (50 U.S.C. 1601 et seq.)(NEA), section 604 of the Trade Act of 1974, as amended (19 U.S.C. 2483), and section 301 of title 3, United States Code”.

Pour en revenir aux Tariffs, il y a donc des droits de douane plancher de 10 % sur quasi tous les pays du monde auxquels ajouter des droits de douane dits réciproques et dont le mode de calcul est totalement obscur. La méthode du doigt mouillé étant peut-être plus scientifique. En fait, c’est peut-être lié à l’animosité portée par Donald Trump aux différents pays du monde. En écoutant l’interview de Scott Bessent qui doit faire le service après-vente sur CNN, on sent clairement qu’il y a du flottement dans l’air. Son message aux dirigeants des différents : « respirez un bon coup et ne ripostez pas ». Ce n’est sans doute pas le conseil que l’on oserait donner à un boxeur qui vient d’encaisser un uppercut.

Au début de la réflexion, l’Amérique a perdu de superbe en matière de production et ses industries manufacturières ont déserté pour aller s’exporter dans des pays où la main-d’œuvre est moins élevée. Le déclin est évident. De 1997 à 2024, les États-Unis ont perdu 5 millions d’emplois manufacturiers. Ce qui, dixit le président a contribué à la disparition de la famille traditionnelle et développé de nombreux phénomènes sociaux comme le phénomène des opiacés. Sans préciser que cette crise a été orchestrée par des entreprises entreprises américaines peu scrupuleuses. Mais finalement, pourquoi les États-Unis ont perdu cette capacité manufacturière ? N’est-ce pas plutôt un choix dans l’ère du fabless où l’objectif était de garder la R&D d’un côté le marketing et les ventes de l’autre en considérant la production comme une dimension négligeable. Et aussi en faisant le pari sur certains secteurs comme la finance et le numérique où ils ont très bien réussi par ailleurs et récupèrent ainsi de nombreuses devises.

En imposant des droits de douane, Donald Trump veut relocaliser certaines industries aux États-Unis. Objectif louable totalement irréaliste. Si l’on prend le cas des voitures, cela va entraîner des hausses de prix importantes. Sans doute, mais peu importe puisqu’ils achèteront des voitures américaines.

Extrait de la déclaration de Donald Trump

Asked what his recent message was to motor industry CEOs, and whether he had warned them against raising prices, Trump said, “The message is congratulations, if you make your car in the United States, you’re going to make a lot of money. If you don’t, you’re going to have to probably come to the United States, because if you make your car in the United States, there is no tariff.”

When pressed if he told CEOs not to raise prices, as reported in the The Wall Street Journal, Trump added, “No, I never said that. I couldn’t care less if they raise prices, because people are going to start buying American-made cars.”

Trump continued, “I couldn’t care less. I hope they raise their prices, because if they do, people are gonna buy American-made cars. We have plenty.”

 Asked if he was concerned about car prices going up, Trump said, “No, I couldn’t care less, because if the prices on foreign cars go up, they’re going to buy American cars.”

Il faut noter aussi que les quelques pays qui ont été exemptés de ces droits de douane sont ceux-là mêmes qui n’avaient pas voté contre la résolution poussée par les États-Unis. Le plus visible d’entre eux étant la Russie avec laquelle il espère obtenir les bonnes faveurs de Poutine et ainsi récolter une victoire politique. De leur côté, le Mexique et le Canada ont été exemptés pour les produits qui sont couverts par l’accord USMCA.

Comment sont calculer les droits de douane selon Paul Krugman

The left column show the tariffs others are supposedly charging on US products — and it’s completely crazy. Focus on the European Union. The EU, like the United States, has generally low tariffs; the average tariff it charges on US goods is less than 3 percent.

So where does this 39 percent number come from? I have no idea. Many people speculated that Trump would count value-added taxes as tariffs, even though they aren’t — European producers selling to the EU market pay the same VAT as US producers, so it doesn’t discriminate and therefore isn’t protectionist. But even if you get that wrong, EU VAT rates are in the vicinity of 20 percent, so you still can’t get anywhere close to 39 percent.

You have to wonder whether Elon Musk’s Dunning-Kruger kids are now producing tariff numbers.

(Source : Trump Goes Crazy on Trade)

L’avis de Larry Summers n’est pas beaucoup plus élogieux

“It’s now clear that the [Trump] Administration computed reciprocal tariffs without using tariff data. This is to economics what creationism is to biology, astrology is to astronomy, or RFK thought is to vaccine science. The Trump tariff policy makes little sense EVEN if you believe in protectionist mercantilist economics.”

La carte des droits de douane

(Source : Nato Tardieu
, Directeur département de cartographie à l’Institut d’Etudes de Géopolitique Appliquée)

Trump announces his tariff plan on “Liberation Day”

Treasury Secretary urges other countries to ‘take a deep breath’ and not retaliate

Kudlow sur Fox Business breaks down the impact of Trump’s tariff agenda

“American Empire Is in Decline”: Economist Richard Wolff (d’inspiration marxiste, une espèce très rare) on Trump’s Trade War & Tariffs

Quant aux marchés financiers, ils ont commencé à décrocher singulièrement.

Le message posté par Donald Trump sur son réseau social fait penser à l’opération que réalise Charles Bovary sur le jeune domestique de l’Auberge du Lion d’Or Hipoppolyte. Faut-il la rappeler ? Hippolyte souffre d’une déformation au pied, une malformation qui le fait boiter, et il vient consulter Charles Bovary, le mari d’Emma, qui est médecin. Charles, dans sa naïveté et son manque de compétences, décide de réaliser une opération pour corriger cette malformation et que se termine par une amputation du pied. On est en état de se demander si Donald Trump a une connaissance de l’économie aussi fine que Charles de la médecine.

Après cet après-midi chargé, Donald Trump a quitté la Maison Blanche pour un long week-end en Floride, où sa station balnéaire privée de Doral, à l’extérieur de Miami, organise le premier tournoi de golf national de la saison de LIV Golf, qui est financé par le fonds souverain d’Arabie saoudite. Brian, l’ouvrier de l’automobile qui, lui, a dû retourner ses chaînes de production.

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